Coup de cœur

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Le conte de fée d'un cavalier

en République Dominicaine

Chief, un étalon exceptionnel – photo Thierry Posty

« L'Hispaniola est une merveille : sierras, forêts luxuriantes, plaines et vallées, des terres si belles et si grasses, bonnes pour planter et semer, pour l'élevage des troupeaux de toutes sortes, pour édifier des villes et des villages. », telle est la description enthousiaste qu'en fit Christophe Colomb après sa découverte en1493. Plus de cinq siècles plus tard, les propos de l'Amiral n'ont pas vieilli et restent d'actualité...

À peine arrivé, je suis ébloui par les charmes de l'île et sa végétation diversifiée à l'extrême. Ce peuple de culture Latina, accueillant et chaleureux, prouve une émotion toujours présente. J'effectue le tour de l’île à cheval, soit 1500 kilomètres en 2 mois, durant les mois de février et mars de cette année 2009. Mais laissez-moi vous raconter cette aventure commençant comme un conte de fée...

Située au milieu des Caraïbes, entre Cuba et Porto Rico, l'île d'Hispaniola est aujourd'hui divisée entre la République d'Haïti, à l'ouest, et la République Dominicaine, à l'est. Le pays comporte1500 kilomètres de côtes, dont un tiers de plages parmi les plus belles des caraïbes. La surface du pays se répartit entre des plages bordées de cocotiers, des plaines agricoles et des montagnes au centre, où se trouve le point culminant des Caraïbes, le pico Duarte, à 3087 mètres d’altitude C'est un pays accueillant où climat et paysages forment une alchimie paradisiaque.

Trois chevaux choisis, mais un seul élu ! – photo Thierry Posty

A peine arrivé à Santo Domingo, l'histoire de mon tour du monde à cheval parait dans le journal national dominicain « El Diario » avec, comme d'habitude, mon numéro de téléphone portable local inscrit en dernière ligne pour l'éventuel prêt ou location d'un cheval.

Le lendemain, à la première heure, le premier appel vint d'un éleveur de chevaux Paint Horse, Angel de Lamadrid, vivant au Rancho Espagna, juste à l'extérieur de la capitale. Dans l'après midi, son chauffeur et garde du corps me conduit au ranch ou Angel m'attend. Ce riche espagnol, après avoir consulté les pages du web sur mes différents voyages à cheval, décide de me proposer un cheval. Le premier cheval montré est trop jeune et trop étriqué du poitrail pour participer au voyage. Il m'en indique un deuxième qui, s'il est conforme physiquement, ne s'en trouve pas moins mou à la monte. Sur un ton humoristique, Angel me lance qu'il a bien son étalon du ranch très fougueux enfermé dans un boxe avec lequel je peux partir si… je peux le monter ! Cette réflexion ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd, je demande à voir l'étalon qui, alors que j'ouvre la porte du boxe, se met à ronfler et piaffer de nervosité, me roulant des yeux d'intimidation. Voila un vrai challenge, moteur de mes actes, qui me fait bouger et chevaucher autour du monde, en quête de projets toujours plus grandioses. La Liberté n'implique t’elle pas le challenge ? C'est pourquoi la plupart des hommes la redoutent…

Thierry monte Chief en parfaite symbiose – photo Thierry Posty

À l'instant où je décide de monter l'étalon dans le corral, Angel invite tous ses hommes de main à venir voir le spectacle. Je comprends après quelques ruades et cabrioles que le cheval a peur de la main et ne supporte pas le mors en bouche, preuve qu'on a du lui en faire "baver" au propre sens du terme. Je décide donc de le monter avec un hackamore donc sans rien entre les dents. J'exécute alors quelques figures aux trois allures sans plus aucun problème de comportement, au grand dépit de l'entourage qui s'attendait à un vrai rodéo. Angel, ébahi, me lance en espagnol… « Chose promise chose due ».

Alors que j'entraine pendant plusieurs jours, ce bel étalon nommé Chief et âgé de six ans, dormant dans son boxe la nuit, favorisant ainsi la proximité donc la confiance mutuelle, Angel me demande, inquiet, d'apporter de grandes précautions à son cheval car il vaut, quand même, 50 000 dollars US ! Je lui rétorque aussitôt que je le soignerai, le nourrirai et le chérirai aussi bien que ma jument que je viens de quitter en Jamaïque qui, elle, m'a coûté seulement 50 dollars US !

Toute une troupe de cavaliers nous accompagne le premier jour, mais après quelques heures, nous nous retrouvons enfin seuls, fuyant l'agitation du monde médiatique. Je fonce à nouveau dans l'existence que je me suis choisie : une vie d'aventurier à cheval. Nous traverserons dix neuf provinces de ce merveilleux pays, Santo Domingo, Monte Plata, San Pedro de Macori, Halto Mayor, El Seibo, La Altagracia, Duarte, la péninsule de Samana, Maria Trinidad Sanchez, Jinas Mirabal, Espaillat, Puerto Plata, Valverde, Santiano, La Vegas, Sanchez Ramirez, Monsenor Novel, San Jose de Ocoa, San Cristobal.

Je suis d'emblée frappé par une population qui, si elle me semble assez pauvre, est toujours souriante. Ces gens se nourrissent tout juste de leur production locale; En effet, on trouve sur l'île une immense variété de fruits et de légumes typiquement tropicaux comme l'ananas, la mangue, l'avocat, le coco, la banane fruit ou plantain, le yucca ou manioc, mais aussi l'arbre à pain, cacao, caféier, tayota, goyave, lechosa, zapote et le délicieux fruit de la passion. D'autres espèces, comme la pomme et même les fraises, poussent sur les hauts plateaux de Jarabacoa. Je ne peux parler de la flore dominicaine sans mentionner la canne à sucre, qui a fait la richesse du pays pendant des siècles et qui maintenant, grâce au rhum, continue à soutenir le moral du peuple malgré sa pauvreté. Bougainvillées, hibiscus, orchidées poussent partout ainsi que de nombreuses espèces d'arbres comme le mangle (palétuvier), qui pousse à l'embouchure des rivières, la caoba (acajou) , le magnifique flamboyant et, bien sûr, le ceiba ( fromager), palmiers royaux et cocotiers.

Nous aimons traverser ces jolis villages colorés, ses champs de canne à sucre, avec de belles collines en toile de fond, tapissées de bananiers et de palmiers. Parfois une charmante petite ville typiquement dominicaine, avec son parc fleuri, sa belle église blanche et ses éclatantes boutiques de bois peintes de toutes les couleurs.

Les dominicains rencontrés le long de mon chemin n'hésitent pas de me lancer des « ha que lindo ese caballo, que dios le bendiga » (Ha qu'il est beau ce cheval, que Dieu le protège) ou bien  « vamos con Dios » (que Dieu t'accompagne) : avec toutes ces bénédictions, nous pouvons voyager tranquilles !

Cette population est un mélange de races très variées, on trouve des Espagnols, des Africains, des Asiatiques mais aussi des Français, des Américains, des Canadiens et, bien entendu des Haïtiens. Officiellement il y a 16% de Blancs, 11% de Noirs et 73% de Métis. La République Dominicaine est l'un des rares pays dans le monde où le racisme est pratiquement inexistant. Il est vrai que le pouvoir paraît être aux mains des Blancs mais les gens de couleur n'en tiennent pas compte. Lorsqu'il y a un conflit entre un noir et un blanc, le litige ne dérape pas sur de faux problèmes de couleur de peau comme dans certaines iles voisines.

L'un des traits dominant du Dominicain, en dehors de sa gentillesse, c'est peut-être son absence de projection dans l'avenir. Ici, on vit souvent au jour le jour et l'argent durement gagné le matin sera dépensé dans l'après-midi. Jamais rancunier, il oublie les problèmes aussi vite qu'ils se sont créés.

Il a un sens de la famille très développé et, le système social de prise en charge par l'état n'existant pas, l'entraide familiale prend le relai. De la naissance à la mort, il sera aidé et aidera les siens. La plupart des Dominicains se contentent de petits boulots souvent précaires, mal payés et bien entendu non déclarés.

Parfois en soirée, dans une ambiance bonne enfant, je joue aux dominos, jeux de cartes et billard, avec les hommes. Les Dominicaines, elles, m'apprennent à danser le merengue et la bachata: le merengue est un mélange de salsa cubaine aux sonorités africaines avec un soupçon de souk antillais et la bachata est dérivée du merengue apparu dans les années 1990, en contrepartie de cette ambiance musicale, je leur joue du blues à l'harmonica.

La générosité de ce peuple m'abasourdit parfois. Alors que j'arrive tard une nuit dans un village, une quinzaine d'hommes se mettent à construire en dix minutes un corral fermé assurant ainsi la sécurité de mon cheval.

La symbiose avec Chief est totale au bout de quelques semaines. Toutes les nuits, il se couche à côté de ma tente et au moindre bruit se relève scrutant la pénombre comme s'il me gardait. Dans la journée, lorsque je marche devant, laissé libre au milieu de nulle part, même à cent mètres de lui, il n'en profite jamais pour s'échapper; Je suis sa seule référence affective et aussi… celle du ventre !

Chief, un étalon exceptionnel – photo Thierry Posty

Comme pour les autres voyages, je laisse les enfants grimper sur le dos de mon cheval, il est plutôt conciliant lorsque ceux-ci ne s'extasient pas trop de joie ! J'aime vraiment voyager avec un étalon car il a un côté enjoué très communicatif, sa force est décuplée grâce à la testostérone et je sais qu'il ne s'abandonnera pas dans une situation difficile aussi aisément qu'un hongre ou une jument. Il existe une similitude entre la conquête d'un étalon et l'aventure: elle ne se donne pas, il faut aller la chercher, s'acharner, lutter parfois avec une nature très hostile, accomplir de terribles efforts jusqu'à ses dernières ressources, pour enfin la conquérir !

Après avoir parcouru tout l'Est de l'île, nous remontons au Nord afin d'arriver vers Las Terrenas sur la péninsule de Samana où vivent de nombreux francophones. C'est au détour d'une colline très pentue que nous tombons nez-à-nez avec Gégé dit Géronimo. Il possède un superbe ranch dans un endroit paradisiaque sur les hauteurs de l'île où nous passerons quelques jours de repos bien mérités. Je vous laisse d'ailleurs découvrir son epona-ranch.com.

À nouveau, je suis heureux de partager ma passion des chevaux avec un homme qui les aime et les respecte. Il ne compte pas ses efforts pour leur fournir un maximum de confort dans ce pays au climat plutôt varié…

Traverser les montagnes de l'Ouest est un réel plaisir. Au plus près de la population locale, nous rencontrons beaucoup de Haïtiens venus se réfugier en République Dominicaine, fuyant ainsi leur pays sinistré.

Une statue a même été édifiée à l'effigie de Chief – photo Thierry Posty

Nous descendons ensuite des montagnes, plein Sud et arrivons à la grande féria annuelle de Santo Domingo. Une grande fête est organisée, Angel m'offre un trophée de la part de tous les cavaliers Dominicains et surtout un poulain de Chief, né au ranch pendant notre périple et qu'il a nommé… Thierry ! Une statue a même été édifiée à l'effigie de Chief. Que d'émotions ! Merci à toi, Angel, de m'avoir attribué ta confiance durant tout le voyage.

En République Dominicaine, j'ai pu observer de vrais cavaliers aimant leurs chevaux avec passion, mais aussi d'autres, "soi-disant" cavaliers, brutalisant leur monture en fin de beuveries tardives ! C'est ainsi qu'une nouvelle cause se dessine progressivement au cours de ce tour du monde à cheval et j'en fais maintenant mon "cheval de bataille" : Je me battrai dorénavant au sein des médias pour le respect des droits de l'homme mais aussi pour le respect des droits de l'animal.

Notre voyage en République Dominicaine n'aura pas été dangereux comme en Jamaïque même si quelques riches personnes, se promenant avec un colt à la ceinture, peuvent le laisser penser. La seule histoire d'insécurité : deux coups de feu tirés en pleine nuit à Los Indios. Le braquage d'une petite épicerie juste en contrebas de notre campement où les habitants ont cru, au premier abord, que les bandits s'en prenaient à nous. Dans la bagarre avec l'épicier, un bandit tire sur son propre collègue lui sectionnant l'artère fémorale. Le lendemain, la vie reprend son cours…

Je laisse définitivement une grande part de mon cœur en ce pays autant grâce à cet étalon extraordinaire que pour cette population Dominicaine si chaleureuse. Mais je te le promets, mon Chief, je reviendrai…

Maintenant, je change complètement de continent et m'envole pour un pays qui , je le sais, est loin d'être facile à traverser à cheval : le Vietnam.

D'après un courriel 09 décembre 2009

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